Impressions de Patagonie

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Luis SepúlvedaLe projet de construction de cinq barrages hydroélectriques en Patagonie suscite une mobilisation sans précédents au Chili. Plus de 30.000 personnes étaient dans les rues de Santiago le 13 mai. Des manifestations sont prévues les 20 et 21 mai dans 25 villes.

Selon un sondage du quotidien La Tercera, 74 % des Chiliens s'opposent au projet HidroAysen, sur les fleuves Baker et Pascua, à 1.800 kilomètres au sud de Santiago. Plus de 4.000 hectares de la région seraient inondées par les barrages.

Le consortium hispano-chilien Endesa-Colburn, en charge de ce projet chiffré à 3,2 milliards de dollars, prétend produire 2.750 mégawatts et augmenter de 20 % la capacité électrique du Chili. Selon le président Sebastian Piñera, le pays doit doubler sa production d'énergie au cours de la prochaine décennie, en vue de soutenir sa croissance. Samedi 21 mai, le chef de l'Etat prononce son discours annuel devant le Congrès, qui siège à Valparaiso. Le mouvement « Patagonie sans barrages » a convoqué des manifestations à Santiago, à Valparaiso et dans une vingtaine d'autres villes à la même date. Action écologique appelle à manifester également vendredi à Santiago. Les réseaux sociaux, très présents dans la mobilisation, prévoient des manifestations en Europe, aux Etats-Unis et en Australie.

La coalition de centre-gauche, la Concertation démocratique, au pouvoir pendant vingt ans (1990-2010), est divisée à propos du projet HidroAysen. L'ancien président socialiste Ricardo Lagos est intervenu dans le débat avec des prises de position contradictoires.

M. Lagos a d'abord déclaré que HidroAysen était « nécessaire ». Dès le lendemain, l'ancien président revenait sur cette déclaration, qui avait déclenché un tollé. « Dans l'état actuel du projet, il faut dire non ». Et d'énumérer trois inconvénients majeurs : l'éventuel épuisement des réserves d'eau pour l'agriculture, l'infrastructure destinée à acheminer l'électricité à Santiago et l'absence d'une politique visant à développer les énergies renouvelables non conventionnelles.

L'écrivain Luis Sepulveda est très remonté contre HidroAysen. « La Patagonie est un écosystème très fragile », confie-t-il, de passage à Paris.

L'auteur du Vieux qui lisait des romans d'amour estime que l'enquête sur l'impact environnemental a été bâclée. A son avis, le projet entraînerait la déforestation de 20.000 hectares. Des paysans et des pêcheurs sont menacés à la fois par les barrages et par la ligne de haute tension. L'industrie touristique de haut niveau, basée sur les parcs naturels, les fjords et les glaciers de la Patagonie, serait affectée aussi.

Le charbon domine la matrice énergétique du Chili. Luis Sepulveda ne comprend pas qu'un pays qui s'étend sur 5.000 kilomètres entre l'océan et la cordillère n'exploite pas l'énergie éolienne. « Le désert d'Atacama a un potentiel formidable d'énergie solaire », ajoute-t-il.

« Derrière HidroAysen il y a une grosse affaire de corruption, qui touche aussi bien des hommes politiques actuellement au pouvoir que des figures de la Concertation qui ont approuvé les premières étapes du projet », assure l'écrivain chilien. « Depuis la présidence de Ricargo Lagos, plusieurs élus ont assumé des responsabilités à la tête d'entreprises énergétiques », précise-t-il.

La Patagonie est une région que Luis Sepulveda a souvent sillonnée et à laquelle il a consacré son prochain ouvrage, élaboré en compagnie du photographe argentin Daniel Mordzinski. Ultimas noticias del Sur (Dernières nouvelles du Sud) doit paraître en espagnol en octobre et en français en avril 2012, aux éditions Métailié.

http://www.patagoniasinrepresas.cl/

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Source: Le Monde.fr

Commentaires 

 
0 #2 agathe herzog elhaik 12-03-2012 19:07
je viens de passer 3 mois en Argentine, dont quelques semaines en Patagonie (Argentine et Chili), cette région est extraordinaire à vous couper le souffle... Ne laissez pas quelques investisseurs peu scrupuleux détruire cette merveille de la nature ; il existe d'autres solutions pour la croissance énergétique.
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0 #1 Julien 22-06-2011 07:31
Dans des situations similaires, d'autres projets ont fini par passer "à l'usure"... J'espère que ce ne sera pas le cas! Comme dit dans l'article, pourquoi un pays avec une telle géographie ne profite-t-il pas de l'éolien et du solaire?
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